{"id":11827,"date":"2020-05-11T08:29:13","date_gmt":"2020-05-11T12:29:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/?p=11827"},"modified":"2022-11-03T11:35:17","modified_gmt":"2022-11-03T15:35:17","slug":"tomber-en-enfance-une-autre-reflexion-savoureuse-de-jacqueline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/2020\/05\/11\/tomber-en-enfance-une-autre-reflexion-savoureuse-de-jacqueline\/","title":{"rendered":"Tomber en enfance! Une autre r\u00e9flexion savoureuse de Jacqueline."},"content":{"rendered":"<p><strong>Accueillir chaque r\u00e9veil avec l&rsquo;avidit\u00e9 d&rsquo;un enfant&#8230;\u00a0<\/strong><strong>pourquoi pas?<\/strong><\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion vous est propos\u00e9e par Jacqueline Pelletier<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2020\/04\/REA-Jacqueline-Pelletier.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-11769\" src=\"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2020\/04\/REA-Jacqueline-Pelletier-225x300.png\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2020\/04\/REA-Jacqueline-Pelletier-225x300.png 225w, https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2020\/04\/REA-Jacqueline-Pelletier-500x666.png 500w, https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2020\/04\/REA-Jacqueline-Pelletier-624x831.png 624w, https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2020\/04\/REA-Jacqueline-Pelletier.png 735w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>(Jacqueline &#8211; Membre de REA et du conseil d\u2019administration de la Coop\u00e9rative fun\u00e9raire d\u2019Ottawa)<\/em><\/p>\n<p>Le soleil s\u2019\u00e9tire \u00e0 l\u2019horizon, semblant surpris d\u2019\u00eatre encore une fois de retour, comme un bambin impatient d&rsquo;explorer la journ\u00e9e qui s\u2019amorce. Moi, j&rsquo;essaie d&rsquo;absorber ce qui arrive. Quelques appels d&rsquo;amis et parents inquiets, courriels, nouvelles alarmantes&#8230;Ben voyons donc! Je fais quoi de ma journ\u00e9e moi COVID???<\/p>\n<p>Je m&rsquo;\u00e9lance vers fil, aiguille et ciseaux pour pr\u00e9sider une grande r\u00e9union! Vrai comme je suis l\u00e0, j\u2019ai cousu un bouton qui soupirait discr\u00e8tement depuis deux ans sur la commode dans l\u2019attente de retrouvailles avec une blouse achet\u00e9e il y a 200 ans chez Coton Ginny qui n\u2019existe plus et que je regretterai \u00e9ternellement. Moi, j\u2019aime le coton. J&rsquo;aime beaucoup le coton! Bouton cousu. \u00a0Grande \u00e9motion gr\u00e2ce \u00e0 toi COVID, merci. Enfin, mais bon, merci quand m\u00eame.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9taient les premiers temps du confinement.<\/p>\n<p>Lundi, mardi, vendredi&#8230; parmi les courriels les farces sont incessantes, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, les nouvelles, d\u00e9primantes. Des amis d&rsquo;ici perdent un parent \u00e2g\u00e9 un b\u00e9b\u00e9 de la famille nous d\u00e9couvre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran&#8230; nous reconna\u00eetra-t-il dans la vraie vie? \u00a0Qui sait!<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me semaine. Une amusante impression de d\u00e9linquance m\u2019envahie alors que ce mardi ou mercredi qui sait, je prends conscience du v\u00e9lo qui sommeille dans un coin \u00a0de la chambre. \u00a0Bon bon&#8230; je m&rsquo;\u00e9lance en pyjama vers la b\u00eate.\u00a020 tours, 40, 100&#8230;en un rien de temps, nous retrouvons tous deux notre bonne humeur.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me semaine de confinement, j\u2019ai \u00a0l\u2019impression que ma vie reprend gr\u00e2ce \u00e0 toi COVID! Fa\u00e7on de dire, reprend&#8230; comme lorsque j&rsquo;avais 18 ans? 25?<\/p>\n<p>Je souris,\u00a0 je r\u00eave, \u00a0au point d\u2019en oublier&#8230; presque&#8230; mon caf\u00e9! Je me sens l\u00e9g\u00e8re, \u00e9tourdie. J\u2019enfile du vieux mou aux couleurs bigarr\u00e9es et mes pantoufles. J\u2019aime \u00e7a.<\/p>\n<p>Caf\u00e9, c\u00e9r\u00e9ales, T\u00e9l\u00e9&#8230; Le Droit, La Presse&#8230; trop de tristesse&#8230; Ah tiens: les mots crois\u00e9s et pourquoi pas, moi qui les ai toujours ignor\u00e9s.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me caf\u00e9, Ricardo, Di Stasio et Jehanne Beno\u00eet r\u00e9partis entre les restes du petit d\u00e9jeuner, j\u2019entreprends la recherche de quoi donc? Agneau? Saumon? Risotto? pain&#8230; Je n&rsquo;ai jamais de ma vie cuisin\u00e9 un pain! Demain peut-\u00eatre&#8230;<\/p>\n<p>11:00&#8230; ben voyons donc! Oh boy. Je m&rsquo;\u00e9tais promise de jouer le piano!<\/p>\n<p>D\u00e9poussi\u00e8re le clavier, tire le banc lourd de Chopin, Gagnon, Barbara! Les m\u00e9lodies s\u2019emparent de mes doigts et voil\u00e0 oubli\u00e9e la cuisine!<\/p>\n<p>Ouais mais&#8230; toujours en arri\u00e8re plan, les donn\u00e9es hallucinantes sur l&rsquo;\u00e9tat de la plan\u00e8te assaillie &#8211; les atteints, les gu\u00e9ris, les d\u00e9c\u00e9d\u00e9s&#8230; les vieux. Comme moi, vieux. Et parsem\u00e9s ici et l\u00e0, les usines transform\u00e9es \u00a0\u00bb sur un dix cenne\u00a0\u00bb, \u00a0les efforts surdimensionn\u00e9s des gouvernants&#8230; L&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 son meilleur sous mes yeux&#8230; et moi \u00a0qui me pr\u00e9pare \u00e0 poursuivre un casse-t\u00eate&#8230;<\/p>\n<p>Ainsi tout au long des journ\u00e9es, des lendemains, des semaines. Je m\u2019invente au gr\u00e9 des tentations, des craintes et des souvenirs qui me taquinent l\u2019esprit, des promenades dans mon quartier&#8230; et sans trop m\u2019en rendre compte, \u00e0 coups de rires, d\u2019airs murmur\u00e9s&#8230; je sens que je tombe en enfance! Pire&#8230; j\u2019aime \u00e7a!<\/p>\n<p>Si seulement je parvenais chaque jour \u00e0 tomber en enfance, \u00e0 envisager l\u2019arriv\u00e9e du jour comme une renaissance! Vieillir, oui, je vieillis. Mais accueillir chaque r\u00e9veil avec l\u2019avidit\u00e9 de l\u2019enfant&#8230;<\/p>\n<p>Il est \u00e9crit que nous avons le choix: aborder chaque jour comme peut-\u00eatre le dernier, ou, l\u2019entreprendre comme s\u2019il s\u2019agissait du premier. D\u00e9plorer ses mis\u00e8res r\u00e9elles ou soup\u00e7onn\u00e9es du matin au soir et se coucher pensant qu\u2019il n\u2019y aura peut-\u00eatre pas de lendemain, ou tarder \u00e0 dormir parce que trop excit\u00e9e par les projets \u00e0 venir&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019enfant curieux et timide que nous f\u00fbmes, l\u2019adolescente parfois bougonneuse,\u00a0parfois survolt\u00e9e, \u00a0ils vivent en moi, en nous peu importe notre \u00e2ge! Elles sont l\u00e0 \u00e0 s\u2019exprimer, r\u00eaver, \u00e0 demander d\u2019\u00eatre entendues! Elles nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s et aujourd&rsquo;hui, nous tendent la main! Alors: on leur annonce notre d\u00e9part prochain ou&#8230; on les accueille?&#8230; on se joint \u00e0 eux!<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il s\u2019agit donc de retrouver l\u2019enfantin (et non l\u2019infantile), c\u2019est \u00e0 dire l\u2019esprit de r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb \u00e9crit Pascal Bruckner. (1)<\/p>\n<p>Initier, oser, apprendre&#8230; vieillir en rajeunissant!<\/p>\n<p>Merci sacr\u00e9 COVID. Tout d&rsquo;abord, tu m&rsquo;as \u00e9pargn\u00e9e, en tout cas pour l&rsquo;instant.\u00a0J&rsquo;en suis intens\u00e9ment reconnaissante. J\u2019ai repris la lecture et red\u00e9couvert le jeu, approfondi les relations et rican\u00e9 longuement avec mes \u00eatres chers gr\u00e2ce aux ZOOM de ce nouveau monde que j\u2019apprivoise petit \u00e0 petit. J\u2019ai beaucoup march\u00e9 et me suis amus\u00e9e \u00e0 concocter des plats. Et plus que tout, j\u2019ai compris \u00e0 quel point je suis privil\u00e9gi\u00e9e.<\/p>\n<p>Je t&rsquo;accuse cependant COVID. Meurtri\u00e8re, arrache-coeur, voleuse de r\u00eaves, tu bouscules tout, nous laissant suspendus dans un grand vide. Difficile de maintenir mon regard d&rsquo;enfant&#8230;<\/p>\n<p>Ceci dit, j\u2019appr\u00e9cierais encore un peu de confinement&#8230; deux ou trois autres boutons patientent sur la commode, je n\u2019ai pas encore jou\u00e9 \u00e0 mon go\u00fbt, et je dois tenter de me coiffer pour le match de scrabble virtuel des jeudis. Je veux plus de temps pour r\u00e9fl\u00e9chir surtout. Devant l&rsquo;\u00e9pouvantable trag\u00e9die que tu nous fais vivre COVID, je pr\u00e9vois qu&rsquo;il me faut du temps encore pour mieux apprivoiser l\u2019art de tomber en enfance. Je sens que j&rsquo;en aurai bien besoin.<\/p>\n<p>Veuillez noter que vous pouvez t\u00e9l\u00e9charger la version audio de ce texte du site de <a href=\"https:\/\/uniquefm.ca\/entrevues\/jacqueline-pelletier-militante-franco-ontarienne-et-membre-du-ca-de-la-cooperative-funeraire-dottawa-42403\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">UNIQUEFM94.5.<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li>Pascal Bruckner, Une br\u00e8ve \u00e9ternit\u00e9, Philosophie de la long\u00e9vit\u00e9, Grasset 2019, p. 102<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Accueillir chaque r\u00e9veil avec l&rsquo;avidit\u00e9 d&rsquo;un enfant&#8230;\u00a0pourquoi pas? 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