{"id":11965,"date":"2021-03-09T08:17:53","date_gmt":"2021-03-09T13:17:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/?p=11965"},"modified":"2022-11-03T11:34:21","modified_gmt":"2022-11-03T15:34:21","slug":"le-deuil-animalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/2021\/03\/09\/le-deuil-animalier\/","title":{"rendered":"Le deuil animalier"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2021\/03\/REA-Jacqueline-Pelletier.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-11967 alignleft\" src=\"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2021\/03\/REA-Jacqueline-Pelletier-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<p>Par : Jacqueline Pelletier,\u00a0membre de REA et membre du CA de la Coop\u00e9rative fun\u00e9raire d\u2019Ottawa<\/p>\n<p><strong>La bienveillance n\u2019a pas de limites<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019homme ne parlait pas. Seul \u00e0 sa table, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des autres participant.es, il \u00e9coutait intens\u00e9ment &#8211; \u00e7a se voyait. Soixantaine avanc\u00e9e, manteau et casque malgr\u00e9 la chaleur, il fixait la pr\u00e9sentatrice mais pas un mot, pas une larme, silence radio. Offerte par la Coop\u00e9rative fun\u00e9raire d\u2019Ottawa, la discussion portait sur le deuil. Perte r\u00e9cente d\u2019un conjoint, d\u00e9c\u00e8s d\u2019un enfant atteint du cancer, incapacit\u00e9 d\u2019assumer la solitude&#8230;tout y passait, d\u00e9tresse face \u00e0 l\u2019inconnu&#8230;Mais lui, pourquoi \u00e9tait-il l\u00e0? Quel secret restait tapi dans sa parole retenue?<\/p>\n<p>Soudain, \u00e0 la toute fin, voil\u00e0 que l\u2019homme l\u00e8ve timidement la main, toussote, h\u00e9site et d\u2019une voix presqu\u2019imperceptible, d\u00e9clare: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas os\u00e9 parler car le chagrin qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 m\u2019inscrire \u00e0 cette rencontre n\u2019est pas comme les v\u00f4tres. Vous voyez, il y a deux semaines, j\u2019ai perdu mon chien, mon compagnon depuis 15 ans, mon confident, mon ami, le seul. J\u2019ai d\u00fb le faire euthanasier et depuis, la culpabilit\u00e9 me ronge le coeur, l\u2019\u00e2me, le corps. Je suis ravag\u00e9 par la tristesse. Je ne vois pas comment je parviendrai \u00e0 combler le vide qu\u2019il a laiss\u00e9 dans ma vie.<\/p>\n<p>La rencontre s\u2019est poursuivie quelques minutes, avec des expressions de sympathie, sinc\u00e8res mais un tantinet maladroites, des mots de soutien, de tristesse partag\u00e9e, de confirmation de sa douleur compr\u00e9hensible et bien r\u00e9elle. Puis, nous nous sommes quitt\u00e9s \u00e0 l\u2019heure pr\u00e9vue puisqu\u2019il le fallait.<\/p>\n<p>Oui mais&#8230;Il n\u2019y a pas d\u2019heure pr\u00e9vue pour la gu\u00e9rison, pas de date au calendrier. Il n\u2019y a pas de pilule pour contrer la solitude, ni pour effacer le sentiment de honte qu\u2019\u00e9prouve la personne dont le chagrin semble d\u00e9mesur\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui d\u2019un veuf qui vient de perdre l\u2019\u00eatre cher et qui ne sait trop comment exprimer ses \u00e9motions. Son chien est mort, pour vrai! Et maintenant, il est seul. La maison est vide, le silence intol\u00e9rable.<\/p>\n<p>On l\u2019a lu ou entendu: la pand\u00e9mie a pouss\u00e9 des milliers de gens \u00e0 se procurer un animal de compagnie. D\u00e8s avril, les refuges pour animaux ont constat\u00e9 une augmentation importante de client\u00e8le avide de se procurer petite ou grosse b\u00eate, exotique ou \u00ab\u00a0Heinz 57\u00a0\u00bb, de quoi se sentir aim\u00e9, accompagn\u00e9, occup\u00e9 et d\u00e9sir\u00e9. Un \u00eatre qui a besoin de nous, qui offre son regard attendrissant et ses \u00e9clats de joie comme \u00e7a, tout bonnement, sans question ni jugement. Toutes et tous, nous avons plus que jamais \u00e9prouv\u00e9 ce besoin de pr\u00e9sence en chair et en os. Pour certaines, quelques rencontres virtuelles avec les amies ch\u00e8res suffisent, pour d\u2019autres, c\u2019est un animal qui viendra combler le besoin. Moins d\u2019abandon de chats et chiens, plus d\u2019adoption \u00e9crivait-on en ao\u00fbt dernier.<\/p>\n<p>Alors imaginez la catastrophe pour ceux et celles qui ont d\u00fb faire leurs adieux \u00e0 leur fid\u00e8le et adorable pitou des 8, 12, 16 derni\u00e8res ann\u00e9es! Ouais&#8230;pitou ou python ou minou ou moineau ou gerbille&#8230;le deuil frappe dur. Vous ne comprenez pas trop? Moi non plus je ne comprenais pas trop jusqu\u2019\u00e0 ce que cet homme, ni vu ni connu<strong>, <\/strong>croise mon chemin.<\/p>\n<p>Une coll\u00e8gue racontait que personne n\u2019a v\u00e9cu avec elle aussi longtemps que son chien. C\u00e9sar a essuy\u00e9 avec elle les larmes du divorce. Il a pleur\u00e9 avec elle la mort de son p\u00e8re, puis, de sa m\u00e8re tout comme le d\u00e9part des enfants pour l\u2019universit\u00e9. Plus r\u00e9cemment, c\u2019est bel et bien son approbation qu\u2019un nouvel ami a d\u00fb gagner avant de devenir le nouveau conjoint! Ce r\u00e9cit, elle l\u2019a racont\u00e9 avec grande \u00e9motion le jour du premier anniversaire du d\u00e9c\u00e8s de C\u00e9sar. Un an&#8230;et la tristesse persistait. Voil\u00e0, j\u2019ai compris. Douleur, deuil, le vide intol\u00e9rable qui persiste&#8230;, c\u2019est r\u00e9el lorsque meurt son animal de compagnie.<\/p>\n<p>Comment soutenir la personne afflig\u00e9e? Comme s\u2019il s\u2019agissait du d\u00e9c\u00e8s d\u2019un \u00eatre humain? Oui, puisqu\u2019elle souffre! Vous craignez comme moi d\u2019\u00eatre maladroite&#8230;de manquer de sinc\u00e9rit\u00e9? Tenons-en \u00e0 la simplicit\u00e9. Bienveillance, \u00e9coute, empathie, ouverture \u00e0 l\u2019autre, sinc\u00e9rit\u00e9&#8230;c\u2019est tout. Et sans doute la personne attrist\u00e9e n\u2019en demande-t-elle pas plus.<\/p>\n<p>Nous les humains, avons la capacit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 nos volont\u00e9s de fin de vie et de les partager. Nos compagnons animaliers eux, non. Sans le savoir, ils nous confient les d\u00e9cisions \u00e0 prendre: hospitalisation? Intervention co\u00fbteuse sans garantie de gu\u00e9rison? Euthanasie et si oui, \u00e0 la clinique ou dans son salon en pr\u00e9sence des enfants? Ouf&#8230;<\/p>\n<p>Ne laissons pas nos proches vivre ces moments dans la solitude. Aidons-les \u00e0 se rem\u00e9morer les joies et les d\u00e9fis, les manigances et les surprises &#8211; la vie de l\u2019animal disparu! Laissons-les parler, pleurer, rire, rager&#8230;accueillons-les et reconnaissons que m\u00eame si nous ne comprenons pas tout \u00e0 fait, ce n\u2019est pas de soi qu\u2019il s\u2019agit mais bien de l\u2019autre, l\u2019ami, la dame \u00e2g\u00e9e, le veuf&#8230;la personne qui souffre, qui a le c\u0153ur bris\u00e9.<\/p>\n<p>Et si c\u2019\u00e9tait vous? C\u2019est peut-\u00eatre vous! Parlons-en.<\/p>\n<p><em>[Jacqueline Pelletier, projet \u00ab\u00a0Parlons-en\u00a0\u00bb de la Coop\u00e9rative fun\u00e9raire d\u2019Ottawa\u00a0Avec l\u2019appui de Ottawa ville bilingue \/ACFO\/Patrimoine Canadien, le Centre d\u2019excellence artistique de l\u2019Ontario et Rogers Ottawa.]<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par : Jacqueline Pelletier,\u00a0membre de REA et membre du CA de la Coop\u00e9rative fun\u00e9raire d\u2019Ottawa La bienveillance n\u2019a pas de limites L\u2019homme ne parlait pas. Seul \u00e0 sa table, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des autres participant.es, il \u00e9coutait intens\u00e9ment &#8211; \u00e7a se voyait. 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