{"id":11982,"date":"2021-06-10T12:52:25","date_gmt":"2021-06-10T16:52:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/?p=11982"},"modified":"2022-11-03T11:28:13","modified_gmt":"2022-11-03T15:28:13","slug":"ode-a-lamitie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/2021\/06\/10\/ode-a-lamitie\/","title":{"rendered":"Ode \u00e0 l\u2019amiti\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>Voici autre beau texte de Jacqueline Pelletier qui porte sur l\u2019amiti\u00e9, cette fois-ci. Il est empreint d&rsquo;une douce \u00a0nostalgie qui se pointe en ce temps de pand\u00e9mie\u2026 il fait du bien \u00e0 l&rsquo;\u00e2me&#8230;<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2021\/03\/REA-Jacqueline-Pelletier.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-11967 alignleft\" src=\"https:\/\/www.retraiteenaction.ca\/le-magazine\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2021\/03\/REA-Jacqueline-Pelletier-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<p>Pardonnez-moi d\u2019interrompre votre sieste &#8211; ou, est-ce plut\u00f4t ton 60 Km de v\u00e9lo Denise? Une excursion en kayak Louise? L\u2019entretien du jardin communautaire Claudette? J\u2019\u00e9prouve un profond besoin de vous \u00e9crire ce mot qui me trotte dans la t\u00eate depuis une semaine ou deux. Le confinement me rend nostalgique et puisque mon unique occupation cette semaine est de tout faire pour \u00e9liminer le surpoids du confinement \u2013 et \u00e7a marche &#8211; eh bien, j\u2019ai du temps. L\u2019interdit de grignotage me lib\u00e8re des heures pour r\u00e9fl\u00e9chir et surtout, pour me souvenir.<\/p>\n<p>Notre maison vous reste inaccessible &#8211; un v\u00e9ritable arrache-coeur. Mais mon coeur lui, il vous est grand ouvert! Trois d\u2019entre vous atteignent ces mois-ci l\u2019inimaginable 80. Ma foi, j\u2019ai d\u00fb dormir un Rip Van Winkle pour ne pas m\u2019en rendre compte! Mais o\u00f9 sont pass\u00e9es ces ann\u00e9es? O\u00f9 \u00e9tais-je? Et quel \u00e2ge ai-je, moi?<\/p>\n<p>Hier&#8230;enfin hier \u00e0 peine, nous avions 25, 30 ans au plus. Nous partions vers les plages du Main, six filles en libert\u00e9, la galerie de toit de la fourgonnette charg\u00e9e de tentes et sacs de couchage, alors que derri\u00e8re les si\u00e8ges, tout l\u2019espace voulu \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 pour nos folles escapades dans les \u201coutlets\u201d. En soir\u00e9e, apr\u00e8s les d\u00e9gustations de \u201cclams\u201d et homards sur les quais de Booth Bay Harbor, nous envahissions un bar, je m\u2019installais au piano pendant la pause syndicale et la client\u00e8le enti\u00e8re se joignait \u00e0 nos chants, fran\u00e7ais comme anglais. J\u2019ai souvenir aussi des migraines de brosse qui s\u2019ensuivaient!<\/p>\n<p>Il y eut au fil des ans les innombrables c\u00e9l\u00e9brations d\u2019anniversaires chez l\u2019une ou chez l\u2019autre, les f\u00eates costum\u00e9es de l\u2019Halloween, les concerts en plein air \u00e0 Camp Fortune et tant d\u2019autres pr\u00e9textes pour nous r\u00e9unir et rire, tellement d\u2019\u00e9clats de rire!<\/p>\n<p>Pendant toutes ces ann\u00e9es qui ont d\u00e9ball\u00e9 sans cesse leurs plaisirs et aventures fol\u00e2tres, les hommes de nos vies nous ont accompagn\u00e9es, doux et g\u00e9n\u00e9reux compagnons s\u2019affairant calmement au BBQ ou au bar, distribuant les plats bien garnis, se joignant \u00e0 nos extravagances par moments, nous observant en silence parfois, sourire aux l\u00e8vres. Tant de doux moments, tant de camaraderie, sans jugements ou feintes. Unis par des valeurs fondamentales, tous, nous savions rel\u00e9guer \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan les divergences politiques, les questionnements sur les modes de vie ou les autres fr\u00e9n\u00e9sies si peu importantes dans le grand plan des choses.<\/p>\n<p>Puis sont venues les ann\u00e9es de travail professionnel intense, certaines d\u2019entre nous sollicit\u00e9es par des occupations de plus en plus exigeantes, parfois au loin. Mais toujours nous avons su nous retrouver pour rire, chanter et puiser dans le coffre \u00e0 tr\u00e9sor des enfants costumes, gants de soir\u00e9e \u00e9l\u00e9gants, chapeaux \u00e0 voilette et \u201dsacoches\u201d d\u00e9mod\u00e9es pour initier ainsi un autre bal des \u00e9tourdies. Quel bonheur, quelle richesse!<\/p>\n<p>Il y eu des deuils, de terribles deuils. Perte d\u2019un conjoint, perte d\u2019une conjointe, pertes de soeurs et fr\u00e8res partis trop jeunes, de parents \u00e2g\u00e9s nous laissant orphelines ou orphelins. Il y eut aussi des maladies terribles qui ont plan\u00e9 au-dessus de nos f\u00eates, comme d\u2019ind\u00e9sirables papillons noirs. Nous avons eu beau nous serrer les coudes, pour certaines, certains, la douleur imposait parfois des p\u00e9riodes de solitude, de retrait. Mais toujours et sans le moindre doute, nous nous savions l\u00e0, les un.es et les autres. Cela je le crois au plus profond de mon coeur.<\/p>\n<p>Quelques plus jeunes se sont greff\u00e9es \u00e0 nous dont ma compagne, juste comme \u00e7a, sans questions, sans \u00e9tonnement. Elles nous connaissaient! Nous avions la loyaut\u00e9 et le rire en commun. D\u00e8s les premiers temps, elles furent pr\u00e9venues: vous serez nos b\u00e2tons de vieillesse! Il fut m\u00eame question \u00e0 une \u00e9poque d\u2019\u00e9riger une r\u00e9sidence \u00e0 unit\u00e9s distinctes avec de vastes zones communes. Beau projet, mais on ne transforme pas une bande d\u2019ind\u00e9pendantes en colocs. Car avouons-le, nous avons beau nous aimer, chacune a son temp\u00e9rament, ses manies, ses habitudes et&#8230;c\u2019est bien ainsi.<\/p>\n<p>Le temps des fins de carri\u00e8re est venu, plus t\u00f4t pour certaines que pour d\u2019autres. De nouveaux conjoints et conjointes se sont courageusement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 notre groupe tiss\u00e9 serr\u00e9. Nous avons m\u00eame c\u00e9l\u00e9br\u00e9 des mariages inattendus et tellement r\u00e9jouissants! Et puis, il y eut les hivers prolong\u00e9s en Floride pour certains, les escapades de ski dans les Alpes ou au Colorado pour d\u2019autres, les s\u00e9jours prolong\u00e9s au Portugal et m\u00eame les semaines de camping d\u2019hiver, les tours d\u2019ici et de l\u00e0 \u00e0 v\u00e9lo, les mois d\u2019\u00e9t\u00e9 au chalet, les voyages de d\u00e9couverte en Asie &#8211; mais rien de ces vas-et-viens n\u2019a su nous s\u00e9parer. Au contraire, les retrouvailles, chaque fois, furent de plus en plus \u00e9mouvantes. M\u00eame celles de ces temps-ci, virtuelles, mais tout autant joyeuses.<\/p>\n<p>Parfois, lasse du confinement et affubl\u00e9e par l\u2019insomnie, je nous revois dans la belle maison campagnarde de Loulou, regroup\u00e9es \u00e0 son insu autour d\u2019un ridicule foyer \u00e9lectrique portable, branches et guimauves se faisant aller au rythme de nos niaiseries. Ou encore \u00e0 10 en camping, entour\u00e9es d\u2019au moins 15 glaci\u00e8res de bons vins, hamburgers et saucisses italiennes et d\u2019autant de sacs de \u2018cochonneries\u2019 tandis que Paulette se pavanait en louangeant les vertus des fruits, l\u00e9gumes, graines et haricots sant\u00e9! Ah mes amies et amis, quels doux souvenirs! Nous l\u2019avons toujours su, notre amiti\u00e9 nous liera jusqu\u2019au bout de la route. Le confinement? Bah, ce n\u2019est rien! Un triste passage dont nous nous remettrons ensemble un d\u2019ces.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 que nous avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 une 82, ces temps-ci trois 80 et qu\u2019une bonne grappe dont moi poursuit la route dans les 70, tandis que quelques-unes claironnent leur jeune soixantaine, toutes et tous retrait\u00e9s sauf une.<\/p>\n<p>Que sont mes amies et amis devenus? De belles t\u00eates blanches, des visages rid\u00e9s de tant de rires et de pleurs aussi, chacune et chacun portant dans son histoire les pi\u00e8ces d\u2019une courtepointe qui nous garde le coeur au chaud. Merci la vie, merci.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jacqueline Pelletier,\u00a0Membre de REA et du CA de la Coop\u00e9rative fun\u00e9raire d\u2019Ottawa (CFO)<\/p>\n<p>Paru aussi dans la revue Vivre + de la FARFO<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici autre beau texte de Jacqueline Pelletier qui porte sur l\u2019amiti\u00e9, cette fois-ci. 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